Alors que le marché du livre électronique s’apprête à décoller en cette année 2010, et malgré tous les indicateurs qui vont dans ce sens, consommateurs et éditeurs français traînent la patte. Pourquoi ?

Les consommateurs Français ne sont pas emballés ! En cause :

  • Une tradition française du livre, particulièrement attachée au papier.
  • Le faux débat livre papier ou livre électronique, mis à tort en opposition.
  • Des livres électroniques trop chers : les consommateurs veulent payer moins de 10 €.
  • Des lecteurs de première génération. Tout le monde attend que la technologie évolue.
  • Des lecteurs beaucoup trop chers. A quand le modèle des téléphones ?
  • Des hésitations du monde de l’édition qui aboutissent à une offre limitée et éclatée.
  • Les DRM, amis des éditeurs et particulièrement détestées par les français.
  • L’attitude de prudence, très française, face à toute nouveauté (rappelez-vous du téléphone mobile).

Les métiers du livre s’enferment dans une attitude protectionniste.

Ne vous méprenez pas : je ne mets pas tout le monde dans le même panier, et je comprends le réflexe !

Personne n’aime voir son métier menacé de destruction par l’arrivée des Google, Amazon et autres Apple.

Vouloir protéger ses intérêts est tout à fait légitime.

Mais ce que je trouve dommage, c’est l’inconscience de certains éditeurs. Menacés par des Google, Apple, Amazon ou encore Sony, ils réagissent comme s’ils avaient affaire à de simples concurrents.

Or, ces géants ne sont pas des concurrents potentiels : ils préparent une véritable expropriation ! Ils veulent tout raser, et tout reconstuire à leur image. De nombreux pays réfléchissent d’ailleurs à des solutions pour protéger leur patrimoine face à cette mutation.

Les géants dans ce domaine ont pour cela toutes les cartes en mains car ils peuvent compter sur les 2 acteurs les plus importants: les auteurs, qui pourraient voir leurs commissions s’envoler chez la concurrence, et les consommateurs, qui demandent des ebooks moins chers, et que personne en France ne veut leur offrir. Une fois récupérés ces 2 acteurs par ces géants, les maisons d’édition auront laissé passer la manne numérique, et en plus devront baisser le prix des livres papier pour continuer à en vendre.

Et non content de récupérer les ouvrages présents et futurs, Google numérise tous les ouvrages passés à une vitesse vertigineuse.

Samsung : des lecteurs directement connectés à Google livres !

Le seul point sur lequel les éditeurs peuvent donc encore négocier, c’est donc sur la vente de leur catalogue actuel. Ce catalogue intéresse les géants de l’ebook. C’est sur ce point qu’il reste possible de négocier. Les éditeurs doivent donc réinventer un métier dans lequel ils seront utiles aux nouveaux géants du secteur. En cas de blocage, Sony, Amazon, Apple et Google préparent d’ailleurs déjà l’avenir sans les éditeurs….tous ont ouvert leur catalogue aux auteurs et sont prêts à rémunérer ceux-ci directement.

Il faudrait donc un changement complet d’attitude du monde du livre pour s’en sortir. Il faudra nécessairement offrir mieux aux auteurs et aux utilisateurs que ce que ces géants proposent. Et là, j’avoue mon pessimisme.

La réaction récente des grands groupes, soutenus par une initiative gouvernementale, de créer une plateforme commune est une bonne idée.  Et il faudrait bien sûr baisser la TVA sur les livres électroniques….Mais n’est-il pas déjà trop tard face aux offres qui vont arriver, à prix beaucoup plus compétitifs ?

Il aurait en effet fallu se positionner il y a des années déjà, quand les éditeurs français avaient encore des cartes en main, une vraie crédibilité, et la  capacité de lutter à armes égales avec les géants. Mais ils ont pris le livre électronique à la légère dès le début. Il y a encore peu, certains disaient que ça ne marcherait jamais.

Et demain ?

Apple et sa tablette arrivent apparemment et d’autres grands acteurs suivront pour concurrencer Amazon. D’ici un an ou deux, le tsunami numérique sera passé. L’offre se sera peut-être stabilisée et structurée autour de 2 ou 3 grands acteurs; le monde de l’édition aura complètement muté, l’auto-édition aura bénéficié des hésitations des maisons d’édition et alimentera une belle proportion des catalogues,  les matériels auront vu leur prix baisser, et les technologies seront matures.

Le consommateur sera alors là, mais les cartes auront sûrement été redistribuées.

6 réponses à to “La France dépassée par le livre électronique ?”

  • nico1314:

    "Le livre numérique et le reader sera à l’édition ce que l’appareil photo numérique a été à la photo. Personne n’y a cru. Les professionnels du tirage, les vendeurs de pellicules, les photographes regardaient l’APN avec un air hautain et dédaigneux. Aujourd’hui plus personne ne conteste l’usage de la photo numérique."

    le etant un media, je ferais plus l'analogie avec le mp3 et l'industrie du disque: les majors du disque ont regardé de haut aussi le mp3 y'a 10 ans parce que le systeme marchait bien (sous entendu que le CD leur rapporte un max de tunes). on vois ou ils en sont aujourd'hui…

  • [...] soient prises pour transformer tout cela en réalité concrète. Comme je l’expliquais dans La france dépassée par le livre électronique, le temps presse, et il y a beaucoup d’obstacles au changement et à la mise en place [...]

  • on ne peut pas comparer les readers quand on veut en acheter un et on a besoin de les prendre en mains pour se décider donc forcément sony, kindle et bookeen. Bref, où acheter?

    pas grand chose à lire en français (mais vrai aussi en italien, en espagnol ou en allemand, j'ai cherché…). Signalons quand même publie.net avec des textes à 5€.

    • C'est un vrai problème, en effet, et seule la FNAC (à ma connaissance) permet de voir les lecteurs. Maison peut imaginer que si le marché se développe, toutes les grandes enseignes voudront les proposer en magasin. Je pense que cela pourrait être une des clés du succès pour des marques qui passeront des partenariats. En attendant, c'est vrai que c'est un vrai frein pour les consommateurs, car la prise en main, le toucher, et voir ce que donne l'écran sont des points très importants (qui m'ont personnellement permis d'être déçu lors de ma prise de contact avec le 1er Sony présenté à la FNAC).

  • jean trancene:

    Bonjour,

    Le livre numérique et le reader sera à l'édition ce que l'appareil photo numérique a été à la photo. Personne n'y a cru. Les professionnels du tirage, les vendeurs de pellicules, les photographes regardaient l'APN avec un air hautain et dédaigneux. Aujourd'hui plus personne ne conteste l'usage de la photo numérique.

    En France on reste toujours accroché à son près carré. Au lieu d'anticiper les marchés porteurs de demain, de répondre à la demande du consommateur, on s'arcboute sur ses rentes, on répond à coup de DRM, de prix farfelus et d'évocations nostalgiques.

    Les ados d'aujourd'hui savent-ils encore reconnaitre l'odeur du papier, le grain du Vélin, et la texture d'une reliure ? Pourtant les consommateur de livres de demain c'est eux … Alors "le français attaché au livre papier…" ça me fait doucement sourire !

  • Paul:

    Bonjour,

    Intéressant. Je pense surtout qu'en France il n'y a aucune offre de livres numériques français. Le seul reader qui se soit réellement démocratisé est le Kindle avec un store où tous les livres sont en anglais et un terminal qui doit être importé depuis les Etats-Unis.

    Du coté des éditeurs, malheureusement la protestation est une habitude française. Il est évident qu'Apple, Amazon ou Google ne sont pas des concurrents pour eux mais plutôt des prédateurs. Si l'édition française ne trouve pas de partenariat avec eux, elle risque de souffrir fortement.

    Il faut quand même reconnaitre que le papier aura toujours des adeptes mais leur nombre va réduire comme peau de chagrin. Avec internet, fini le stock, on passe aux flux et on se dirige inexorablement vers la dématérialisation. Papier, odeur, toucher, contact ou pas, les habitudes changeront. On en est qu'au début mais la lame de fond qu'est internet dématérialisera, à terme, le livre.

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