En l’absence d’espoir d’une offre légale attractive, les risques augmentent…

Le livre numérique démarre à peine, les prix son hauts et devraient le rester, un observatoire a été créé spécialement pour observer le phénomène….la question est finalement simple : le livre numérique va t’il subir le même sort que la musique ou le cinéma ?


Pour l’instant, on attend des informations crédibles.

Le piratage des livres numériques est assez faible pour certaines raisons avant tout techniques. Pour l’instant, en l’absence d’offre numérique, il fallait d’abord scanner des ouvrages (long et fastidieux) pour pouvoir ensuite les mettre à disposition sur le réseau. Cela explique pourquoi finalement il y avait assez peu de piratage. Maintenant que les livres numériques arrivent partout, il existe des fichiers numériques prêts à être copiés.

Mais le débat prend un tour plus intéressant avec l’étude venant d’une société spécialisée dans la surveillance des réseaux, et une contre « étude » effectuée par un blogueur en se basant sur le même type d’outils.

Dans l’étude initiale faite par Attributor (la société de surveillance des réseaux), la méthode a consisté à utiliser les outils de Google pour déterminer la demande, et non pas les téléchargements effectifs.


Il semble évident que la tentation de la société (qui a utilisé des méthodes peu fiables) aura été de prouver qu’il y avait beaucoup de piratage. Il aurait fallu une étude indépendante.

Mais pour l’auteur du blog « Go to hellman« , ces chiffres ne prennent en compte que les éléments qui permettent de « prouver » une hausse, et il propose son propre graphique ci-dessous qui montre une stagnation de la hausse de la demande d’ebooks piratés. Un chiffre étonnant.


On a donc le choix aujourd’hui entre deux grandes idées: soit la demande d’ebooks piratés est en pleine explosion, soit au contraire elle stagne et a arrêté d’augmenter.

Un observatoire du piratage du livre numérique en France

Heureusement, pour en savoir plus, le MOTif, déjà connu pour son étude sur le piratage des livres numériques vient de lancer ElabZ, l’observatoire du livre numérique, qui mettra régulièrement à jour ses données sur le sujet.

Là, les chiffres devraient être plus intéressants que des études américaines en contradiction, car ces chiffres intégreront l’étude de l’offre légale comme illégale, concernant le piratage en France, et de manière indépendante.

Pour en savoir plus sur l’elabZ, « Ebooks : les pirates sous surveillance. »

Tous les facteurs sont réunis pour une explosion du piratage

Le facteur prix

J’ai longtemps été sceptique sur le rapport entre bas prix et absence de piratage, et prix hauts et piratage. Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui, les prix très élevés des livres numériques sont pour beaucoup d’utilisateurs une incitation au piratage.

Dans un univers numérique où on s’est habitué à la gratuité, au téléchargement d’applications à 1 ou 2 euros, aux abonnements illimités….payer 15 ou 20 euros pour un livre qui n’est qu’une copie numérique du papier est perçu comme atrocement cher. Peu importe finalement la réalité du coût de fabrication, le consommateur ne peut pas ou ne veut pas payer ce prix pour un bien numérique.

Voici donc un énorme vecteur de piratage, renforcé par le fait que la loi sur le prix unique du livre numérique qui vient d’être votée permettra aux éditeurs de fixer les prix et que les distributeurs ne pourront pas faire baisser ces prix. Cela sonne d’une certaine façon comme un défi lancé aux consommateurs : « c’est nous qui fixons les prix ! »

De nouveaux modèles économiques doivent naître, intégrant peut-être même la publicité (voir : la publicité peut elle « sauver » le livre numérique ?), si on veut que demain, le livre numérique soit au prix ou moins cher que le livre de poche actuel.

Sinon, aucun doute, le piratage arrivera en force.

Le facteur DRM

Les DRM ou verrous numériques sont des systèmes qui permettent d’interdire l’utilisation libre d’un bien numérique. Cela est censé permettre d’enrayer le piratage. L’idée est qu’un consommateur ne pourra pas utiliser son produit en dehors des matériels autorisés.

Tout cela serait une bonne idée (il faut bien protéger les auteurs et la chaîne du livre dans son ensemble) si les dindons de la farce n’étaient pas les consommateurs. Problèmes d’activation, nouvelles versions de DRM qui rendront illisible dans quelques années un ebook acheté aujourd’hui, bugs rendant impossible la consultation de votre ouvrage, problématiques liées à la vie privée sont le prix à payer pour une protection…..qui ne marche pas.

A chaque nouvelle protection qui arrive sur le marché, c’est le concours de celui qui la craquera le plus vite. Ensuite, il suffit de mettre le fichier sur le réseau, puis il est dupliqué et téléchargé par des milliers de personnes en quelques minutes. Même si on supprime un fichier, il y en a des milliers, prêts à être à leur tour diffusés. La protection n’a donc aucun effet sur le piratage, si ce n’est d’augmenter le prix des produits (les DRM coûtent cher) et d’embêter la plupart des utilisateurs. Mais à défaut d’autre solution, on continue de tenter de contrôler l’utilisateur.

Là encore, la tentation du piratage est renforcée car beaucoup d’utilisateurs refusent de payer pour un ouvrage qui n’est pas librement utilisable. Ils se tournent alors vers des versions piratées, débarassées de ces limitations.

Personnellement, je ne suis pas opposé à ce qu’on crée des limitations pour éviter les abus, mais quand ça ne marche pas, il faut changer d’approche….

Ce n’est pas pour rien que dans la musique, les distributeurs qui ont supprimé ces inutiles verrous numériques pour les remplacer par de nouvelles méthodes du type « tatouage de fichier », qui intègrent votre nom dans le fichier, ont vu leurs ventes exploser. On ne peut pas partager impunément, mais on peut par contre utiliser librement dans le cadre d’un usage personnel. Certains sites l’ont d’ailleurs compris et proposent des livres numériques sans DRM, avec tatouage.

La répression contre les pirates peut-elle fonctionner ?

Hadopi est l’expression de ceux qui y croient, mais lutter contre le piratage des livres numériques n’aboutira certainement qu’à faire augmenter encore leur coût, et à créer un jeu du chat et de la souris auquel ne se feront prendre que les moins malins. Aujourd’hui, ceux qui ne piratent pas le font par conviction personnelle, ou parce qu’ils ont une solution plus simple qui leur convient (ex : deezer pour la musique). Seuls quelques uns arrêtent de télécharger parce qu’ils ont peur. Même si faire peur à tout le monde (l’objectif avoué) était possible, ce serait très difficile, coûteux et intrusif.

En réalité, à chaque fois qu’Hadopi arrivera à contrôler une nouvelle porte, deux nouvelles portes se créeront. Les pirates délaissent déjà les réseaux surveillés pour des nouveaux, mieux sécurisés. Et ce sera pareil pour le livre numérique.

Le piratage du livre numérique s’organisera et se répandra qu’il y ait protection ou pas, car plus il y aura de machines (lecteurs d’ebooks ou tablettes) vendues, plus les utilisateurs auront besoin de l’alimenter, sans pour autant avoir l’intention de dépenser 15 euros pour chaque contenu mis à l’intérieur.

Et on revient une fois de plus à une offre légale attractive, nécessaire pour que le consommateur préfère payer que d’aller s’embêter à pirater.

8 réponses à to “Le piratage massif du livre numérique aura t’il lieu ?”

  • wild:

    Alexis, juste pour relever un truc que t'as dit et que j'ai lu en survolant la page…

    "Franchement je ne suis pas très optimiste sur la survie des éditeurs… parce qu’à la différences des majors, personne n’a besoin d’eux, et lorsque les auteurs comprendront qu’ils n’ont pas besoin d’éditeurs pour vendre sur amazon et autres…"

    Je tiens à préciser que sans éditeur, un livre ne peut pas exister. Je parle pas du fait qu'il soit éditer, je parle du fait qu'il va être relu et corrigé par une personne qui ne connais pas l'auteur, qui n'a aucun rapport d'ordre sentimental avec lui.

    Un livre, avant d'être lu et choisit par un éditeur, n'a jamais été exposé à une réelle lecture. Celle de l'auteur est trop influencé, pas besoin de vous l'expliquer. Celle de sa famille et de ses amis, même s'ils veulent se montrer surper sévères, sera forcément entaché par le fait qu'ils connaissent le créateur.

    Donc l'éditeur a un rôle primordial. Un livre publié est le produit d'une association obligatoire entre un auteur et un éditeur. Si l'auteur créé l'oeuvre, l'éditeur va lui faire comprendre ce qu'il doit changer, modifier. Sans lui, l'oeuvre n'aurait pas lieu d'exister.

    Voila voila je voulais juste mettre ce petit point…au point.^^

  • Alexis:

    Wren, c'est exactement ce que j'ai fait, un Kindle et pour le moment tous les classiques que j'ai envie de lire, ainsi que certains ouvrage technique disponible gratuitement en PDF.

    Paradoxalement j'attends la suppression des DRM pour acheter des ouvrages numérique, je n'ai pas envie d'être forcé d'acheter tous chez un même fournisseur. J'avais fait pareil pour la musique, et je suis bien content de pouvoir écouter ma musique sur iPod, iPhone, smartphone android, PC, mac, etc…

  • C'est bien de penser au consommateur (habitué à la gratuité ou aux prix modestes du net) mais qui pense à l'auteur ? Car une chose est claire, si beaucoup d'internautes piratent de la musique sur le net en ayant une conscience plutôt tranquille (bin oui, les stars de la chanson montrent tellement aux yeux du monde comme ils peuvent être riches à millions, franchement, c'est un peu jouer à robin des bois pour soi) le monde littéraire est différent

    Car…

    L'auteur… hormis quelques figures de proue fort bien rémunérées (n'est-ce pas Mme J.K. Rowling), pour qu'il puisse vivre de sa plume… à 10% du prix du livre hors taxe, franchement…

    Mais le consommateur internaute n'en a aucune idée, considérant que tout auteur ayant produit un livre qui se vend doit certainement très bien gagner sa vie, alors un livre de plus ou de moins vendus, y'a pas mort d'homme…

    Et bien non, ou plutôt si…

    Mais de l'auteur, tout le monde en à cure, comme des petites maisons d'éditions qui tire le diable par la queue pour sortir des livres auxquels elles croient, comme des petits imprimeurs, des petites librairies… Si on cherchera à protéger, ce sera les grandes maisons d'éditions, les grands distributeurs, les grands revendeurs…

    Et on continuera à approuver le consommateur-internaute qui considère que tout doit être acheté au prix le plus bas possible, n'ayant d'yeux que pour son petit nombril de consommateur, oubliant que l'auteur aussi doit manger pour vivre et avoir un toit, si si, c'est prouvé !

    ABE

    • A mon avis, ce qui manque, c'est la proximité. C'est pour cela que l'internaute ne pense pas au toit de l'auteur, que l'éditeur ne pense pas au libraire, ou que l'auteur ne se sent pas concerné par le porte-monnaie de l'internaute…

      L'auteur devient d'ailleurs à son tour internaute une fois sa journée finie, et piratera peut-être un morceau de musique, sans se soucier du musicien qui est derrière. Mais piratera t'il un musicien qu'il connaît ? C'est moins sûr. Pour avoir été musicien, je sais que la plupart de ceux qui venaient aux concerts attendaient les concerts pour acheter les albums car on gagnait plus sur les albums vendus en salle. Question de proximité ! Mais ils pirataient d'abord pour écouter et savoir si ça valait le coup de venir au concert…

      Cela n'est pas transposable, mais signifie que les consommateurs sont les meilleurs alliés des créateurs à mon avis, si on les respecte, et si on leur fait confiance.

      L'internaute n'a pas d'outils pour se rapprocher des auteurs, et je pense qu'il y a un vrai potentiel de rapprochement. J'aimerais par exemple en tant que consommateur qu'un site me propose une plateforme me permettant d'être "en contact" avec les auteurs qui le désireraient, de découvrir leurs créations, les projets en cours, de pouvoir soutenir certains, lire des extraits en "avant-première", et pourquoi pas communiquer directement, et même pré-commander (et donc financer) un ouvrage en cours d'écriture….

      Parce qu'après tout, la lecture elle-même est une expérience de proximité entre l'auteur et le lecteur.

  • Wren:

    Excellent article et on ne peut que constater que l'industrie du livre va avoir les mêmes déconvenues que celle du disque (le cinéma marche encore TRES bien malgré des prix là aussi exhorbitants)

    Bref, oui je pense que le piratage massif aura lieu

    Alexis, tu as absolument raison aussi avec ta comparaison avec les livres du domaine public

    à la limite, un lecteur sur e-reader pourra tjrs trouver qq chose à lire

    d'ailleurs, je m'oriente moi aussi de plus en plus vers ça

    gratuit -> e-reader et je continue à acheter le papier

    pour quasiment le même prix, je peux soit revendre mon livre, le prêter,… et ça compte !

  • Alexis:

    Il y a un élement supplémentaire, la disponibilité de nombreux ouvrages libres de droits (gutemberg et autres), qui donne au lecteur l'idée que des ouvrages qu'il devait payer dans le monde physique (alors qu'ils étaient dans le domaine public) sont disponible gratuitement en numérique.

    C'est clairement un vrai différence avec l'industrie du disque, peu d'oeuvre existant sur disque étant tombé dans le domaine public.

    Du coup la justification du prix d'une version numérique proche d'un ouvrage physique est encore plus dure à accepter.

    A l'inverse du point de vue des éditeurs, privés des rentes que represente les ouvrage du domaine public (que des générations d'écolier, lycéens et étudiants devaient acheter), le maintien d'un prix élevé pour les oeuvres nouvelle est la garanti de leur survie.

    D'un autre coté, la lenteur des éditeurs à migrer leur catalogue (et on les comprends vu la rentabilité), encourage à la numérisation sauvage, soit par des amateurs (qui bien sur les diffuse), soit par des sociétés comme Google (qui les diffuse aussi…).

    Franchement je ne suis pas très optimiste sur la survie des éditeurs… parce qu'à la différences des majors, personne n'a besoin d'eux, et lorsque les auteurs comprendront qu'ils n'ont pas besoin d'éditeurs pour vendre sur amazon et autres… Il ne leur restera que le bel objet livre pour resister, mais ça permet la survie de quelque uns seulement.

    D'un autre coté la lecture est une activité assez différente de l'écoute de musique (pas besoin de support autre que le bouquin), il n'est pas dit que tous les lecteurs passent à une liseuse électronique. Et j'ai l'impression que les éditeurs sont plus passionnés de littérature que les majors ne le sont de musique, et ça pourrait les sauver.

  • Je vient de lire la parfaite expression du fond de ma pensée sur la question, merci beaucoup…si seulement ceux qui décideront du profil futur de l'offre de livre électronique te lisait…

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