Hachette-Google : l’accord qui sème le trouble

Hachette et Google viennent de passer un accord concernant la numérisation d’ouvrages non réédités par Hachette. L’accord porte sur à peu près 50.000 ouvrages. Les réactions sont nombreuses et pour le moins opposées. Mais pourquoi cet accord gêne t’il autant ?


Numériser les ouvrages non réédités

Pour un éditeur, les ouvrages indisponibles (lorsque cela n’est pas lié à une rupture de stock temporaire) sont un vrai trésor en sommeil, mais inutilisable. Une réédition a un coût, et il faut garantir un certain nombre de ventes pour que l’opération soit rentable. A l’ère numérique, les choses sont tout autres. Une version numérique peut être distribuée à un coût très faible, du moins quand on a les fichiers numériques à disposition. Alors quand Google a proposé (ou accepté) de numériser gratuitement les ouvrages, Hachette y a sûrement vu une belle occasion de rentabiliser ces ouvrages endormis.

Contrairement aux contrats de numérisation habituels de Google, dans le cas présent, Hachette pourra utiliser sa version numérisée comme bon lui semble. Hachette garde aussi les droits sur les ouvrages. Hachette pourra ainsi de nouveau commercialiser ces ouvrages, mais au format numérique, alors que Google pourra augmenter encore son immense catalogue.

Des réactions positives pour la plupart

Le monde du livre en général s’est félicité de cet accord. Dans le contexte actuel, dans lequel Google avait déclenché les foudres du monde du livre en numérisant sans autorisation de nombreux ouvrages, et en utilisant la règle de l’Opt-out (si vous vous y opposez, on retirera le fichier numérisé), le fait que Google se mette à la table des négociations pour trouver un accord avant de numériser a été plutôt bien accueilli.

Le Syndicat National de l’Edition y voit même un signe encourageant, et Antoine Gallimard s’est félicité du « recul » de Google, qui jusqu’ici ne demandait pas d’autorisation.

Pour aller plus loin, je vous recommande ce billet de Idboox qui a relevé en détails de nombreuses réactions.

Un Frédéric Mitterrand beaucoup moins enthousiaste

La réaction du ministre de la culture est une certaine irritation face à un accord qui court-circuite le travail commun effectué entre l’Etat et les éditeurs Français dans le cadre du grand projet de numérisation du patrimoine, et concernant la numérisation des oeuvres indisponibles.

Cet accord est donc une brêche dans le front uni des éditeurs et de l’état contre « L’ogre Google » . Certes, les grands éditeurs sont tous unis derrière le ministère de la culture lorsqu’il propose la loi sur le prix unique du livre numérique et la TVA à 5,5%, mais lorsque Google propose de gagner de l’argent avec des ouvrages qui n’en rapportent plus, les choses sont (logiquement) bien différentes.

La BNF quant à elle récupérera un exemplaire des ouvrages numérisés par Hachette, mais cela sans que le processus de numérisation passe par le programme prévu par le ministère de la culture.

On comprend donc que du point de vue de la Rue de Valois, l’accord n’est pas vu d’un bon oeil, tout comme la réaction positive du Syndicat National de l’Edition qui correspond presque à une autorisation générale pour les autres éditeurs à faire de même. Si de nombreux éditeurs suivaient le mouvement, ce serait un véritable revers pour le projet mené par le ministère de la culture.

Le feuilleton Google / Numérisation des livres n’est manifestement pas prêt d’être terminé….

A voir aussi : le communiqué de presse du groupe Hachette

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