L’ebook : fantasme technophile ou marché mal abordé ?

A.Gallimard estime que l’on s’enthousiasme un peu trop…

Le Président du Syndicat National de L’édition, lors d’une assemblée générale, a expliqué que les ventes d’ebooks représentaient moins de 2% des ventes de livres, et étaient marginales, insistant sur le fait que le numérique exerçait une fascination disproportionnée. Une analyse pour le moins originale…

Moins de 2% des ventes en numérique

Alors que c’est selon certains observateurs un constat alarmant, le SNE semble y voir la preuve que le numérique est une sorte de « fantasme technologique ». Cela transpire des propos du syndicat depuis un certain temps déjà, et se manifeste encore plus clairement dans le dernier discours.

Cela résulte bien sûr de deux analyses différentes.

L’analyse du SNE postule manifestement que les résultats des ventes de livre numérique (la réalité commerciale) reflètent l’intérêt des consommateurs pour la lecture numérique. Si les ventes sont faibles, c’est que les consommateurs ne sont pas  intéressés, le livre numérique est donc plus un fantasme qu’un réel marché.

Voici ce que dit Antoine Gallimard :

« Vous conviendrez avec moi qu’il y a un vrai décalage entre la fascination qu’exerce le numérique aujourd’hui et sa réalité commerciale. Difficile de faire la part entre les promesses crédibles d’ouverture et de croissance de nos marchés et les fantasmes que peut engendrer ce nouvel âge technologique ».

Une autre analyse est pourtant possible. Et s’il n’y avait ni fascination numérique ni fantasme technologique, mais un vrai intérêt des utilisateurs pour une nouvelle manière de lire ? Et si en plus les 2% de ventes signifiaient tout simplement qu’on ne répond pas à la demande d’un consommateur dont on n’écoute ni la demande de nouveauté, ni celle de choix, de modernité, de prix plus bas, de liberté (DRM)..? C’est ce que je crois, définitivement.

Impossible pourtant de dire avec certitude qui a raison pour l’instant : SNE ou observateurs ? Seuls les faits le diront. Mais on le saura vite. L’arrivée de concurrents étrangers donnera un premier élément de réponse très concret.

Soit il y a fantasme comme le dit le SNE, et dans ce cas, l’immense succès outre-atlantique ne se reproduira pas et donnera lieu à un échec retentissant.

Soit ce n’est pas un fantasme, et dans ce cas les acteurs étrangers prendront le marché rapidement en créant des offres sur lesquelles nous serons incapables de nous battre, car nous aurons sous-estimé le potentiel du livre numérique, et « oublié » d’innover et d’anticiper.

Quelle politique pour « aider » le livre numérique ?

Comme le souligne avec justesse le site Actualitté dans ce billet, une des missions que s’est fixé le SNE était pourtant de « favoriser l’émergence d’un marché légal du livre numérique attractif ».

Comment : avec un prix unique du livre numérique qui empêche toute baisse des prix ? En fixant au passage des tarifs élevés ? En cédant au charme des DRM alors que personne n’en veut ? En proposant seulement 10% des ouvrages en version papier et numérique ? En minimisant systématiquement la place du livre numérique ? En réduisant le livre numérique à une simple copie numérique du papier ? En soutenant ouvertement une politique ultra-répressive envers le piratage ?….

On le voit : les erreurs de stratégie, de communication, et d’anticipation s’accumulent. Il n’y a tout simplement pas de « vision ». Certains croient encore que l’ebook n’est qu’un livre numérique, c’est à dire le fichier original converti au format ePub. C’est en réalité la naissance non seulement d’une nouvelle forme, mais aussi de nouvelles fonctionnalités, de nouveaux usages et de nouveaux éléments de fond (ebooks enrichis par exemple).

De nombreux acteurs, plus petits, plus innovants, l’ont compris et expérimentent. C’est de là que viendra peut-être le salut de l’ebook à la française, car pour ces acteurs, il n’y aura pas de conflit d’intérêt entre le numérique et le papier.

Outre-atlantique, on constate le retard pris par la France

A l’étranger, les chiffres annoncés sont repris, et le constat plus évident. Comme le dit très bien Nate Hoffelder dans un de ses billets sur eBookNewser :

« ….cela pourrait ressembler à une croissance lente. Mais pour mettre ce chiffre en perspective, vous devez vous rappeler que Mobipocket, un des pionniers de l’industrie du livre électronique, a été fondée en France en l’an 2000. L’édition numérique est aussi ancienne en France qu’aux Etats-Unis, et pourtant, sa croissance est à la traîne ».

Au final, peut-être que livre et ebook sont deux marchés plus différents que ce que ne l’imaginaient les éditeurs, et qu’ils ne sont pas les mieux placés pour s’en occuper. C’est en tout cas ce que semble croire J.K Rowling, l’auteure d’Harry Potter qui a préféré confier les versions numériques à d’autres acteurs, pour proposer une expérience nouvelle et interactive…

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