Les grands libraires mondiaux mis en danger par l’ebook ?

Borders en faillite, REDgroup Retail en difficulté, et ensuite ?

Depuis quelques jours outre-atlantique, on parle beaucoup de la faillite de Borders qui pour se relever procède à de nombreuses fermetures de magasin. En cause, le passage au numérique. Barnes & Noble a mieux pris le virage mais n’est pas à l’abri des turbulences. Et en France ?

Borders et REDgroup Retail en grande difficulté

Pour préciser tout de suite, les choses, la procédure de faillite de Borders ne signifie pas fermeture et disparition, mais que l’entreprise va tenter d’éponger sa dette de plus de 1 milliard de dollars, en commençant avec la fermeture d’à peu près 1/3 de ses magasins, soit à peu près 200. Le site Bloomberg parle même désormais de 275 magasins qui pourraient être fermés. C’est un véritable tremblement de terre dans le monde du livre.

En cause selon les analystes, une chaîne de magasins à l’image vieillissante, mais surtout un virage numérique mal négocié, ou plutôt trop peu négocié. Les ventes ont longtemps été effectuées en passant par Amazon. En comparaison, le rival de toujours, Barnes & Noble a pris le virage numérique plus tôt et est maintenant un compétiteur d’Amazon.

En Australie, les énormes difficultés financières de REDgroup Retail viennent de l’amener à être placé sous administration, ce qui a entraîné le dépôt de bilan des deux plus grands libraires australiens : Borders Australie, et Angus & Robertson. Le phénomène n’est donc pas isolé.

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Et pour les ebooks de Kobo ?

Kobo explique son indépendance financière envers Borders, et garantit que rien ne changera. La stratégie de Borders devrait d’ailleurs être normalement d’investir plus encore dans le numérique.

Mais je resterais un peu plus prudent, car deux des trois investisseurs de Kobo (Borders et REDgroup Retail justement) sont en grande difficulté.

Qu’ils veuillent garder le numérique est une chose, qu’ils puissent y investir correctement en est une autre…

Barnes & Noble : l’exemple à suivre ?

Les derniers chiffres en provenance de Barnes & Noble sont très bons, puisqu’ils annoncent 7% de croissance des ventes globales par rapport à  l’année précédente, et 64% sur Barnes&noble.com.

Pourtant, le n°1 mondial du livre a choisi de rester prudent et selon le site Teleread, le conseil d’administration aurait choisi de ne pas reverser les dividendes du trimestre aux actionnaires pour garder des liquidités et rester prudent, et peut-être d’investir dans les lieux désormais désertés par Borders.

En tout cas, Barnes & Noble a su se montrer innovant, créatif, et a vu l’importance de proposer un lecteur à succès ainsi que de proposer des prix très agressifs sur les ebooks.

Et le résultat est là : un catalogue immense, des prix attractifs, deux lecteurs à succès (Nook et Nook color), et la présence sur les tablettes et smartphones via les applications.

Mais pour cela, l’enseigne a su prendre des risques lorsque les autres sont restés plus prudents, bien sûr.

Pourquoi le passage au numérique est-il si compliqué ?

Une grande partie du problème est dans une rentabilité moindre du numérique par rapport au papier. C’est bien ce qui fait peur à notre monde du livre. Dans un modèle qui a des chances de plaire aux consommateurs, seul le volume de ventes peut compenser la baisse des marges.

Et même les meilleurs devront faire face à des pertes de revenus. Pour preuve, Amazon, pourtant leader dans le domaine du numérique, a récemment « déçu » les investisseurs qui s’inquiètent des marges faibles sur les ebooks.

Voilà pourquoi le monde du livre en France voudrait garder des prix hauts. Cette solution qui semble préserver le système le condamne en réalité, en poussant les consommateurs vers d’autres acteurs, qui ne demandent qu’à vendre moins cher.

Le recours à la loi devait permettre d’interdire que de nouveaux acteurs fassent baisser les prix, mais comme on vient de commencer à le voir, ça ne pourra pas fonctionner dans un univers mondialisé et internet, où seules des offres extrêmement séduisantes auront une chance de déclencher l’achat chez des consommateurs habitués à la gratuité (légale ou pas).

Et tout cela n’est pas si simple qu’il n’y paraît, tant il y a à perdre dans le passage au numérique pour les acteurs traditionnels du livre.

Peut-il se passer la même chose en France ?

La France devrait voir arriver, mais un peu plus tard, le même phénomène. Tout ceci peut donc servir d’avertissement. Espérons que l’on arrêtera de minimiser le phénomène numérique, et que l’on sera capable de prendre de vrais positionnements vers le numérique dans les mois qui viennent.

Certes, il y a moins de grands libraires, et ce sont plus les petits et moyens qui sont aujourd’hui impactés de nouveau. Mais ce qui se passe aujourd’hui à l’étranger ne nous épargnera pas.

Le fait que la Fnac ou France Loisirs se soient lancés est sur ce point plutôt rassurant. L’exemple de Fnac, plus dynamique sur le sujet, montre qu’il est possible en France d’innover, de communiquer, de créer un vrai catalogue, de proposer un appareil séduisant et connecté, et même des applications (même si on peut encore faire mieux à mon avis)

Mais un prix des ebooks excessif, avec maintenant une loi pour les imposer empêche cette initiative de donner les résultats escomptés.

Il faudrait peut-être commencer par tous travailler dans la même direction. Tout cela s’annonce bien compliqué…

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