iBooks va t’il redéfinir le livre électronique ?

Comment dépoussiérer le concept de livre électronique pour en faire un marché de masse.
Joli coup, Mr Job. Après nous avoir fait croire longtemps que l’ebook ne l’intéressait pas, le PDG d’Apple a fait ce qu’il fallait pour positionner iBooks en nouvelle référence pour la lecture des ebooks. Et peut-être même plus que ce qu’il imaginait.

Une révolution pour l’utilisateur

C’est le moins qu’on puisse dire. IBooks est impressionnant : une superbe présentation sur une étagère sur laquelle ranger les livres achetés, une consultation de catalogue, et un système de téléchargement simplissimes, une offre qui sera rapidement énorme car tout le monde veut être là, et un système de lecture superbe qui constitue la référence en la matière.

On remarquera d’ailleurs que ce qui est révolutionnaire dans iBooks, c’est que tout est fait pour nous rappeler les vrais livres : bibliothèque, magasin, extraits, pages qui tournent, double-page à gauche et à droite si on le désire. Bien sûr ce n’est pas un livre papier, mais tout est fait pour que nous gardions les mêmes repères, et c’est sûrement ça le coup de génie.

Le défi qui était le plus dur à relever était celui de la lecture sur écran LCD, mais Apple a sorti un écran de grande qualité, qui s’avère plutôt confortable à l’utilisation.

Une révolution aussi pour la chaîne du livre.

La simplicité semble être le maître mot de l’autre côté de l’interface. Pour un professionnel, qu’il soit auteur ou éditeur, Il suffit en effet de proposer un document au format ePub validé pour que celui-ci devienne un de ces jolis ouvrages disponible dans le catalogue iBooks. Il faudra quand même au passage laisser 30% de commission à Apple.

Il est aussi possible dans iBooks d’intégrer de la vidéo grâce à la prise en charge de l’HTML5. On imagine donc les possibilités offertes pour l’avenir si iBooks continue d’évoluer.

Et si beaucoup hésitaient à se lancer sur iPad, quelques uns de nos grands éditeurs ont finalement décidé de faire le pari ipad. Cela crée à mon avis une brèche qui sera fatale dans cette fragile union des éditeurs Français contre l’ogre Américain. Si tous les éditeurs avaient refusé de signer avec Apple, alors une offre alternative aurait pu s’organiser. Mais maintenant que certains ont signé, cette belle ‘cohésion’ devrait rapidement voler en éclats.

L’auto-édition: la stratégie à long terme.

Une autre révolution pointe son nez, et elle est moins agréable pour les éditeurs. C’est l’auto-édition. Ce petit univers auparavant sans danger pourrait bien changer complètement le paysage à long terme. A ce titre, la possibilité pour les auteurs de signer sans intermédiaire est sûrement un tournant dans l’histoire du livre, rien de moins. Et Amazon, Barnes & Noble ou Google n’ont pas préparé les mêmes services sans raisons.

La stratégie de ces géants Américains à long terme est facile à deviner : supprimer tous les intermédiaires, faire baisser les prix, et multiplier l’offre en créant moins de barrières à l’entrée. Il ne reste plus qu’à récolter 30% de commission sur des ventes qui explosent.

Et pour lancer ce système ‘diabolique’, rien de tel que l’attrait du gain. Si 30% de commission pour Apple semble être abusif pour un éditeur, pour un auteur c’est une toute autre histoire. Apple offre en effet un nouveau rêve pour l’auteur : garder 70% de commission pour lui.

Les dés sont-ils jettés ?

Ibooks n’a pas encore transformé totalement le paysage, mais il a déjà fait très mal à la concurrence, et il semble que désormais, seul Google aura le pouvoir de faire quelque chose d’aussi réussi ou de mieux en termes d’expérience utilisateur (mais j’en doute). Je pense par contre que Google prendra la position de leader de la distribution. On sera fixés dès cet été.

La surprise pourrait venir de belles réactions de la concurrence. A ce titre, l’application de lecture de Barnes & Noble propose quelques révolutions, dont une fonction de prêt des ebooks.

Mais Apple a un énorme avantage : l’iPad est sa propriété. Dans la pratique, rien n’empêchera demain Apple de créer des limitations pour les catalogues concurrents, d’empêcher de contourner la commission de 30%, ou même d’éjecter purement et simplement la concurrence si elle devient gênante. Et Apple prépare selon toute vraissemblance son iPhone 4ème génération à être un nouvel atout de poids pour iBooks, en utilisant d’ailleurs le même écran IPS que l’iPad.

Alors si je suis admiratif sur le plan de la stratégie et de l’attention permanente portée au consommateur, il est quand même inquiétant de voir un tel pouvoir entre les mains d’un seul acteur.


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