La publicité peut-elle « sauver » le livre numérique ?

Le livre numérique devra nécessairement être moins cher pour séduire.

La publicité a longtemps été perçue par le consommateur par une nuisance qui serait intolérable dans les livres. Mais les dernières mesures du monde du livre pour cadenasser les prix du livre numérique pourraient malheureusement faire de la publicité une des seules solutions pour obtenir des prix attractifs….


La publicité : alternative nécessaire dans le contexte actuel.

Depuis le début du phénomène ebooks, on sait qu’une offre de gratuit financée par la pub est inéluctable. Personne n’a envie d’avoir de la publicité dans les ebooks, mais face au putsch effectué par les grands éditeurs du monde entier sous la forme du modèle d’agence ou de la loi sur le prix unique du livre numérique, il faut bien trouver des alternatives.

En effet, cette loi du prix unique du livre numérique permet aux éditeurs d’imposer leurs prix aux distributeurs, et par ricochet, au consommateur. L’espoir que la puissance commerciale d’Amazon, Apple, ou Google fassent contre-poids avec l’énorme puissance des éditeurs s’est envolée.

Il faudra donc payer le prix qu’ont décidé les éditeurs. Et on peut imaginer assez facilement que les plus puissants, qui détiennent la majorité du catalogue, sauront s’entendre pour maintenir des prix hauts, garants de bénéfices maximaux.

Voilà pourquoi il faut sortir le livre numérique de la comparaison avec le livre papier, pour le faire rentrer totalement dans la catégorie des contenus numériques, des contenus différents, avec leurs technologies, leurs acteurs, leurs modèles économiques, proposant des tarifs beaucoup moins élevés.

La publicité est à ce titre une option incontournable, la plus utilisée dans les modèles économiques du net, et pas nécessairement synonyme de gêne ni d’intrusion pour le consommateur.

Wowio se lance dans la publicité pour les ebooks

Des brevets concernant la publicité, pour 20 ans

Wowio rejoint 24symbols (dont je parlais ici) dans la course à la publicité dans les livres numériques. Et l’entreprise vient de réussir un joli coup en obtenant les droits sur 32 manières de faire de la publicité dans l’ebook, aux états-unis, et pour 20 ans. En d’autres termes, aucun concurrent américain ne pourra utiliser aucune des 32 méthodes brevetées par Wowio pendant 20 ans. Et on peut être sûr que tout a été pensé pour qu’il soit difficile d’imaginer quoi que ce soit en dehors de ces 32 méthodes.

Pour Wowio, l’objectif est de vendre sa solution aux éditeurs en leur offrant des solutions de monétisation supplémentaires. Espérons donc que ceux qui y feront appel penseront aussi à faire baisser les prix pour le consommateur.

La brèche est ouverte.

Wowio compte vendre sa solution aux éditeurs et en ce sens ne constitue pas lui-même une alternative. Mais l’intérêt est dans une manière de voir les choses différente, dans laquelle il serait possible de faire financer une partie de l’ouvrage par des publicités ou par d’autres intervenants (pourquoi pas un fournisseur d’accès internet) ? Le prix des livres numériques pourrait ainsi atteindre le seuil psychologique nécessaire pour que le consommateur passe le cap de l’achat numérique, et cela préserverait les revenus des auteurs.

Comme je le disais dans « L’avenir du livre numérique est-il dans la gratuité ?« , nous sommes simplement dans une phase de mutation liée à la numérisation des contenu, mutation qu’ont connu musique et cinéma il y a peu…

Une opportunité pour de nouveaux éditeurs ?

Beaucoup de moyens et petits éditeurs comprennent la légitimité de la demande du consommateur, qui veut des prix différents pour le livre numérique, et y voient aussi une opportunité, contrairement aux structures les mieux installées, qui ne veulent en aucun cas que les cartes soient redistribuées.

Ces nouveaux éditeurs voudraient répondre à cette demande, tout en réussissant à se payer et à payer les auteurs. C’est compliqué, mais ces structures semblent plus à même de s’adapter et d’innover sur l’offre numérique que les plus grosses structures. La publicité pourrait faire partie du panel de solutions envisageables pour ces éditeurs.

Et, très important, ils continueraient à jouer cet essentiel rôle de filtre qualitatif entre les auteurs et les lecteurs, un filtre qui permet que le marché du livre numérique ne se transforme pas rapidement en marché du grand n’importe quoi.

Nouveaux éditeurs, nouveaux acteurs, nouveaux partenaires et peut-être aussi nouveaux métiers doivent se créer, ainsi que de nouveaux modèles économiques émerger pour sortir du système actuel dans lequel on vote des lois pour imposer des prix hauts au consommateur, et où on le pousse presque au piratage en lui interdisant l’accès à une offre attractive.

Il faut donc sortir au plus vite de cette logique où le livre numérique est régi par les mêmes acteurs que le livre papier, une logique où le livre numérique ne pourra pas s’inventer librement, ni fixer lui même ses propres prix…

…et la publicité est une des armes qui existent pour en sortir, même si elle ne fait pas vraiment rêver.

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