Livre enrichi : les grands éditeurs sauront-ils innover ?

Un nouveau concept qui nécessite une nouvelle vision…

Le livre enrichi ou augmenté arrive à grands pas. Certains y « croient », d’autres pas, mais il arrive. Derrière le débat qui a lieu sur la vraie nature du livre, l’autre question qui se pose est de savoir si ce nouveau média sera proposé par les éditeurs traditionnels ou de nouveaux acteurs….

Les grands distributeurs prêts pour le livre enrichi…

Du côté des distributeurs, le livre numérique augmenté n’a pas été oublié. Tout d’abord, Kindle a été le premier à proposer une « collection » de livres augmentés, disponibles pour les applications. On n’aurait pas automatiquement imaginé qu’Amazon serait 1er sur ce coup.

Mais du côté d’iBooks, la possibilité d‘intégrer des vidéos, de l’audio et tous les éléments désirés grâce à l’HTML 5 permet toutes les fantaisies, dont celles du livre aumgenté.

Je ne relancerai pas ici le débat du pour ou contre le livre enrichi. Je pense en ce qui me concerne qu’il y en aura d’excellentes choses, et de très mauvaises, mais qu’il faut éviter les caricatures.

Le livre numérique augmenté, c’est tout simplement différent.

Augmenter ou réinventer ?

Pour avoir une chance d’exister sur ce marché, les éditeurs de livres devront repenser totalement le livre numérique, et pas simplement ajouter des éléments multimédia à un texte pré-existant, même si la tentation est certainement forte d’aller au plus simple.

Cela ne servirait qu’à distraire de la lecture, pas à apporter un plus.

Il faut donc éviter, comme le fait à mon avis la presse, de vouloir copier-coller un modèle papier en lui ajoutant au mieux une nouvelle interface : il faut inventer un concept totalement nouveau.

Pour être vraiment innovantes, les créations numériques devront être conçues différemment dès le départ. Il y a déjà des exemples, comme Vook, dont les vidéo-books sont conçus pour intégrer vidéo, texte et réseaux sociaux. L’exemple a ses limites, car dans ce cas, la vidéo prime sur le texte.

L’édition devra bien sûr s’inspirer ce ce qui se fait outre-atlantique, mais une certaine « french-touch » devrait permettre de ne pas tomber dans l’imitation du CD-rom multimédia. Il faudra à mon avis mixer les talents de personnes venues de métiers différents, pour éviter de tomber dans le piège du texte illustré, autant que dans celui du cinéma avec du texte en « sous-titre ».

Mais il est aussi possible de penser différemment, et d’augmenter les autres médias de texte. Pourquoi ne pas imaginer par exemple d’enrichir d’autres médias….de texte ? Tout est à inventer, du moment où on ne se contente pas d’enrichir à la va vite…

Le problème du prix, une fois de plus.

Faire payer des ouvrages homothétiques hors de prix est une chose. La réponse est d’ailleurs déjà là sous forme de désaffection et de piratage croissant (et même de scans). Ajouter quelques illustrations multimédia, appeler ça une version enrichie, et répercuter les investissements sur le consommateur serait une vision cul-de-sac.

Reprenons l’exemple de Vook. Ces systèmes complexes, basés sur la vidéo et le texte sont proposés pour beaucoup moins cher qu’un livre papier, alors qu’il faut faire appel à des technologies de pointe, des équipes de cinéma, et que les frais sont énormes.



Et pourtant, le dernier que j’ai vu est proposé à moins de 10 dollars. Vook n’est pas un modèle qui me séduit, loin de là, mais qui coûte cher à produire, et qui arrive à proposer des prix compétitifs.

Il faut donc sortir d’une certaine logique pour trouver les moyens de faire baisser les prix, et pas de demander aux utilisateurs de payer un supplément.

Enrichi, augmenté…des mots mal adaptés ?

Je vois souvent des personnes exprimer leurs doutes quant au livre augmenté ou enrichi. Et je les comprends. Les termes utilisés sous-entendent d’ailleurs qu’on ajoute quelque chose à quelque chose de pré-existant. Ce livre augmenté n’a pas d’intérêt. Il est une fois de plus calqué sur la vision du papier, à laquelle on ajoute encore une couche après la numérisation.

Peut-être faut-il trouver un nouveau nom. Vook l’a compris et a appelé ses ebooks vidéo des « Vooks ». Et si on parlait simplement d’ouvrages multimédia ? Ne serait-ce pas un peu moins limitant que le livre numérique enrichi ?

Une autre branche de la lecture numérique…

Ce type d’ebooks va se développer, et sera bien adapté aux tablettes. Il est donc normal que notre manière de lire numérique évolue. Le journal The Daily vient de le montrer en proposant une nouvelle manière de consulter l’information, à des prix imbattables.

J’aurais donc tendance à ajouter ces ouvrages multimédia aux côtés des catégories que sont le livre numérique homothétique, la BD numérique, les journaux et magazines numériques, plutôt que de le considérer comme une « augmentation » du livre homothétique.

Et quand on voit les problèmes que rencontre le monde du livre papier face à de simples éditions homothétiques (lois restrictives, DRM, hadopi, offre limitée, prix élevés fixés par les éditeurs, etc…), peut-être vaudrait-il mieux pour l’utilisateurs qu’ils ne touchent pas au multimédia, finalement…

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